POLYMNIE.
Sappho
ODE PREMIÈRE.
A VÉNUS.
Vénus, ô vous qu'en tous lieux on adore,
Vous qui savez les intrigues d'amour,
Venez calmer le mal qui me dévore;
Ma voix vous invoque en ce jour!
Venez! Jadis, sensible à ma prière,
De votre coeur j'éprouvai les bienfaits;
Soudain, pour moi, de votre divin père
Vous quittiez le brillant palais.
Votre char d'or, ô déesse de Gnide,
Était traîné, dans l'espace des cieux,
Par des moineaux qui, d'une aile rapide,
Vous offraient bientôt à mes yeux.
Seules alors, et d'une bouche amie,
Vous me disiez, d'un air doux et riant:
«Que me veux-tu? qui peut troubler ta vie?
Ouvre-moi ton coeur suppliant.
«Dans les transports où s'égare ton âme,
Désires-tu former de nouveaux noeuds?...
Ah! quel mortel, insensible à ta flamme,
Sapho, dédaignerait tes feux?
«L'ingrat te fuit! Il reprendra sa chaîne;
Par des faveurs il paiera tes faveurs;
Il t'aimera, quelle que soit sa haine,
Et même malgré tes rigueurs.»
Dans mon malheur, hélas! je vous implore!
Il en est temps, ne m'abandonnez pas!
Venez, Cypris, me secourir encore!
Secondez-moi dans mes combats!
MELPOMÈNE.